Les superbactéries alimentent une crise sanitaire mondiale, tuant chaque année un nombre alarmant de 1,3 million de personnes, et ce chiffre ne cesse d'augmenter. Au rythme actuel, les maladies résistantes aux médicaments pourraient tuer jusqu'à 39 millions de personnes au cours des 25 prochaines années – soit l'équivalent de la disparition de la population entière du Canada ou du Maroc en moins de trois décennies.
Mais le coût des superbactéries ne s'arrête pas là. Les maladies qui ne peuvent plus être traitées par antibiotiques ou autres médicaments antimicrobiens affectent également le cheptel mondial, ce qui signifie que la résistance aux médicaments a aussi un impact sur la sécurité alimentaire. D'ici 2050, les superbactéries pourraient mettre en péril l'approvisionnement alimentaire de plus de deux milliards de personnes, aggravant la faim et la malnutrition.
Les conséquences économiques sont tout aussi graves, réduisant la productivité et la croissance du produit intérieur brut (PIB) dans tous les secteurs dépendant de populations en bonne santé, avec le risque de plonger 24 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté au cours de la prochaine décennie.
Le thème de la récente Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens de cette année – « Agissez maintenant : protégez notre présent, assurez notre avenir » – nous rappelle donc opportunément la crise silencieuse mais croissante qui nous affecte tous, et l’urgence d’agir.
Le mésusage et le surusage des antimicrobiens se rencontrent aussi bien dans le secteur de la santé humaine que dans celui de la santé animale. Leur mésusage en élevage et en agriculture, ainsi que leur élimination inappropriée dans l'environnement, accélèrent le développement de la résistance aux médicaments à l'échelle mondiale. Les données d'ANIMUSE, la plateforme de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMS) pour le suivi de l'utilisation des antimicrobiens chez les animaux, montrent que plus d'un pays sur cinq parmi ceux étudiés utilise encore les antimicrobiens pour favoriser la croissance animale plutôt que pour traiter les maladies. Cela concerne notamment des antibiotiques essentiels à la santé humaine comme la colistine et l'enrofloxacine.
ANIMUSE signale également qu'entre 2020 et 2022, la quantité totale d'antimicrobiens utilisés chez les animaux a diminué de 5 %. Cependant, cette tendance à la baisse ralentit, ce qui laisse penser que les efforts déployés pour optimiser l'utilisation des antimicrobiens chez les animaux s'essoufflent.

