Depuis la Préhistoire, homme et cheval ont tissé une histoire commune, liée aux besoins de l'un et à la domestication de l'autre. Une relation dans le respect du cheval suscitant des vocations de vie jalonnées d'émotions quotidiennes souvent sources d'inspirations artistiques. Dans cet ouvrage de référence, les passionnés découvriront le monde du cheval, dont le comte de Buffon avait dit qu'il était La plus noble conquête de l'homme, racontée, sous l'impulsion de Michel Martin-Sisteron et Yves Le Floc'h Soye, membres de l'Académie Vétérinaire de France, par ceux qui vivent pour et avec lui.
Figures de proues de leurs spécialités, chacun dans son domaine qu'ils soient dans l'ombre ou médiatique comme, par exemple, Alexis Gruss ou Mario Luraschi dans le secteur du spectacle, tous se livrent aux lecteurs au travers de leur expérience. Les témoignages de ces près de 50 "hommes et femmes de cheval" illustrés par de magnifiques photographies brossent, au-delà des expériences personnelles le portrait de ce compagnon de l'homme.
Revue d'Ethnozootechnie, juillet 2016
Michel MARTIN-SISTERON et Yves LE FLOC'H SOYE (sous la direction de -) - Le grand livre du cheval, Coll. Hachette Livre-Hachette Pratique, Hachette, Paris, 2015 (380 p., 39,95 €)
Dès que l'on prend en main, puis que l'on consulte cet ouvrage, on constate que l'on a affaire à un livre "différent". Les ouvrages grand public consacrés au cheval ne manquent pas, suivant à peu près le même plan, rivalisant surtout par l'iconographie mais ceux qui se distinguent sont rares. Nous en avons déjà signalé un[1], en voici un autre, original à plusieurs points de vue.
Son aspect d'abord : il est rouge sur tranche et doté d'une belle reliure marron clair bordée d'une couture rouge. La couleur rouge est très présente tout au long du livre, notamment dans des titres, des parties de texte et des encadrés. Elle contribue à agrémenter la lecture.
Ses objectifs ensuite. Les directeurs de l'ouvrage n'ont pas rédigé d'introduction générale mais on lit à la fin, au moment où ils remercient les 43 collaborateurs, que "Tous leurs textes convergent autour du respect du cheval et de sa relation avec l'homme, dans l'élevage harmonieux qui lie nos deux espèces". Est clairement évoqué là un certain état d'esprit, qui n'exclut bien entendu pas les données scientifiques et techniques, lesquelles sont abondantes dans le livre.
Le plan se distingue particulièrement. Quatre grandes parties, d'inégale importance, sont intitulées de manière inhabituelle, qui ne laissent pas deviner de prime abord ce qui va être traité : Portrait d'une espèce ; Cheval ? Chevaux ! ; Cheval et société ; Créations équestres. Ces titres interpellent, donnent envie de savoir ce qu'ils signifient, et leur pertinence apparaît à la lecture. Quatorze chapitres (qui ne sont pas désignés comme tels) composent ces quatre parties. Leur intitulé est également, parfois, original : par exemple, "Le cheval, être vivant" contient des considérations anatomiques, physiologiques, éthologiques, mais aussi zootechniques, et traite par ailleurs de maréchalerie. D'autres titres ont un contenu différent, ou beaucoup plus vaste que ce à quoi on s'attend : par exemple, "Cheval et économie" s'intéresse, bien entendu, à la filière équine, mais aussi au cheval dans la presse, à la télévision, au Salon du cheval etc ... Le fait d'utiliser un plan et des titres différents est très positif car cela suscite la curiosité et soutient l'attention du lecteur.
L'iconographie est très intéressante. On devine qu'un choix minutieux a été fait pour illustrer de façon opportune et précise tel ou tel passage du texte. Les photographies sont en nombre suffisant mais pas excessif, ce qui situe le livre en dehors de l'objectif, devenu classique pour certains thèmes, de privilégier la photo au texte. Nous avons aimé par ailleurs les dessins de style "art deco" qui encadrent les titres des quatre grandes parties.
L'ouvrage se distingue enfin, et surtout, par la qualité de l'information qui y figure. Les 43 collaborateurs et les deux directeurs de l'ouvrage sont présentés dans une courte biographie, tous apparaissant comme spécialistes du sujet qu'ils ont traité. Tout ce qui concerne le cheval est abordé à un moment ou à un autre. Certains thèmes ont été volontairement réduits, comme par exemple la présentation des races, d'autres ont été privilégiés. Ainsi, la deuxième partie (Cheval ? Chevaux !), qui traite de l'utilisation du cheval, est détaillée, envisageant successivement : cheval de travail, cheval dans l'armée, cheval de loisirs, cheval de sport, cheval de spectacle, cheval de course.
L'ensemble est très clairement rédigé et intéressera aussi bien les spécialistes du cheval, qui découvriront une manière un peu différente de traiter de la question -nous l'avons vu- et les amateurs. Ces derniers trouveront la réponse aux questions qu'ils se posent sur les diverses manières d'utiliser le cheval de sport et bien d'autres aspects liés au cheval dans l'économie actuelle. Ils seront intéressés par les développements consacrés à la difficile question du bien-être du cheval, qui posent bien le problème. Ils apprécieront l'équilibre qui est respecté entre les aspects historiques et actuels. Ils découvriront beaucoup de choses qu'ils ignorent. Prenons seulement deux exemples. Pour l'enseignement de l'anatomie, dans les Ecoles vétérinaires, si la dissection des cadavres continue d'exister, l'extraordinaire bon en avant de l'imagerie médicale a permis de nouvelles méthodes d'enseignement et de recherche, faisant passer la discipline "des planches anatomiques à la 3D". Concernant le cheval dans l'armée, sujet qui appartient au passé, il subsiste aujourd'hui une utilisation ignorée : les armées françaises utilisent ses qualités d'amitié, de "sentiment" pour le traitement thérapeutique des traumatismes psychologiques consécutifs à la barbarie des combats modernes.
Au total, "Le grand livre du cheval", réalisé à l'initiative et sous la direction de Michel MARTIN-SISTERON et Yves LE FLOC'H SOYE, est une réussite. Il touche à pratiquement tous les sujets qui concernent le cheval, le choix de privilégier certains d'entre eux apparaissant justifié. Il est facile et agréable à lire et satisfera un large public.
Bernard DENIS